Chute de plain-pied : le sol n’est pas le seul risque à corriger
Une chute de plain-pied survient lorsqu’une personne perd l’équilibre en glissant, en trébuchant ou en faisant un faux pas, sans chute initiale depuis un niveau supérieur. Au travail, sa prévention ne se résume pas à poser un panneau « sol mouillé » : elle demande d’agir sur les circulations, l’entretien, les équipements et l’organisation des tâches. Voici les points à examiner pour sécuriser les déplacements et intégrer ce risque au DUERP.
Reconnaître les mécanismes, sans banaliser les conséquences
L’expression correcte est « chute de plain-pied », même si « chute de plain pieds » apparaît parfois dans les recherches. Elle désigne une chute lors d’un déplacement ou d’une activité au niveau du sol. Une petite irrégularité, un obstacle ou un changement d’adhérence peuvent suffire à rompre l’équilibre.
Vérifiez vos connaissances sur la prévention des chutes
Ce quiz s’adresse aux employeurs, responsables HSE et salariés. Sélectionnez une réponse par question, puis validez.
| Situation | Mécanisme | Exemple professionnel |
|---|---|---|
| Glissade | Le pied perd son adhérence sur le support. | Une semelle glisse sur une pellicule d’huile. |
| Trébuchement | Le pied rencontre un obstacle qui interrompt son mouvement. | Une chaussure accroche un câble ou un tapis relevé. |
| Perte d’équilibre | Le corps ne parvient plus à maintenir une position stable. | Un salarié se retourne avec une charge encombrante. |
| Chute de hauteur | La personne tombe vers un niveau inférieur. | Une chute depuis un quai ou un escabeau. |
Plain-pied ne signifie pas faible gravité. Fractures, entorses et traumatismes peuvent entraîner des conséquences durables. Une glissade peut aussi provoquer un sur-accident à proximité d’une machine ou d’un bord de quai.
L’Organisation internationale du Travail indique que les chutes de plain-pied représentent en moyenne plus d’un tiers de l’ensemble des lésions graves. Dans certains lieux ouverts au public, elles représentent également la moitié des lésions subies par les visiteurs : la prévention doit donc dépasser les seuls postes des salariés.
Observer les déplacements réels pour trouver les causes
Une inspection réalisée dans des locaux vides ne suffit pas. Il faut regarder les passages pendant les livraisons, le nettoyage, les changements d’équipe ou les périodes d’affluence. Un couloir dégagé le matin peut devenir un espace de stockage temporaire quelques heures plus tard.

Croiser les quatre familles de facteurs de risque
L’Assurance Maladie distingue quatre familles : matérielle, biomécanique, environnementale et organisationnelle. Elles se combinent souvent. Une charge masque le sol, un éclairage insuffisant rend un obstacle invisible et une contrainte de délai incite à accélérer.
- Matériel : revêtement dégradé, câble, semelles usées, matériel qui fuit.
- Biomécanique : posture déséquilibrée, transport de charge, changement brusque de direction.
- Environnement : eau, graisse, poussières, bruit, froid, éclairage ou transition entre deux sols.
- Organisation : cadence élevée, nettoyage pendant les passages, rangement insuffisant, maintenance tardive.
L’eau et les produits contaminants peuvent réduire le contact efficace entre la semelle et le sol. L’adhérence dépend donc du couple sol-chaussure, mais aussi des substances présentes : un revêtement satisfaisant à sec peut devenir problématique une fois gras.
Adapter l’observation à chaque activité
En restauration, examinez les projections et les passages entre cuisine et salle. En logistique, surveillez les films d’emballage, palettes et zones de livraison. Dans les établissements de santé, observez les déplacements avec chariots et les sols récemment lavés. Dans les bureaux et commerces, contrôlez câbles, tapis d’entrée et objets déposés dans les circulations. Intégrez les visiteurs, les personnes à mobilité réduite et les salariés temporairement fragilisés.
Supprimer les dangers avant de compter sur les chaussures
La protection collective et l’organisation passent avant les équipements individuels. Réparer une fuite protège tous les usagers ; distribuer des chaussures antidérapantes sans supprimer l’écoulement laisse persister le danger. Dès la conception ou la rénovation, prévoyez des circulations lisibles, un rangement suffisant et des sols adaptés à l’activité.
Traiter un déversement et maîtriser le nettoyage
- Empêcher immédiatement l’accès à la zone exposée et prévoir un passage sûr.
- Identifier le produit déversé et employer une méthode de nettoyage adaptée.
- Retirer les résidus, puis sécher le sol.
- Vérifier l’état du passage avant sa réouverture et corriger l’origine du déversement.
Le balisage doit fonctionner comme une valve : il ferme temporairement le passage dangereux tout en laissant circuler les personnes par un itinéraire sûr. Un panneau isolé, sans solution de contournement, peut conduire les usagers à traverser malgré l’avertissement. Prévoir ce cheminement de remplacement fait partie de l’intervention, au même titre que l’absorption du liquide.
Planifiez le lavage hors des périodes de forte circulation lorsque c’est possible. Dans une étude de cas présentée par l’OIT, 100 employés avaient chuté sur des sols mouillés en deux ans. Une modification de la méthode de nettoyage a été suivie d’une baisse de 85 % des chutes : l’entretien constitue un levier majeur.
Choisir des sols et des semelles adaptés à l’usage
Pour un revêtement, examinez l’adhérence dans les conditions réelles, la résistance, les exigences d’hygiène et la facilité d’entretien. Demandez au fournisseur les évaluations de glissance correspondant à l’usage envisagé. Une surface très rugueuse mais difficile à nettoyer n’est pas automatiquement une bonne solution.
Pour les chaussures, vérifiez la composition et la sculpture des semelles, la stabilité et le confort. Le choix dépend du sol, des contaminants et des tâches. Organisez leur nettoyage et leur remplacement lorsqu’elles sont usées ou détériorées. La seule mention « chaussure de sécurité » ne garantit pas une adhérence adaptée à chaque environnement.
Transformer les constats en actions suivies dans le DUERP
En France, l’employeur doit évaluer les risques professionnels et transcrire les résultats dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, ou DUERP. Pour les chutes, décrivez des situations précises par unité de travail plutôt qu’une ligne générale « risque de glissade ».
Associez les salariés, le responsable HSE, la maintenance, les équipes de nettoyage et le CSE lorsqu’il existe. Le service de prévention et de santé au travail peut accompagner l’analyse. Hiérarchisez les situations selon l’exposition, les conséquences possibles et l’efficacité des protections existantes.
Par exemple : « Entrée du magasin mouillée lors des épisodes pluvieux, exposant salariés et clients ». Prévoyez ensuite une mesure, un responsable, une échéance et une vérification : améliorer le dispositif d’essuyage, contrôler sa stabilité et observer le passage par temps de pluie.
Pour une vérification régulière, utilisez cette liste :
- Les passages sont-ils dégagés, éclairés et sans défaut de sol ?
- Les câbles, tapis et changements de revêtement sont-ils sécurisés ?
- Chaque déversement peut-il être signalé et traité rapidement ?
- Le nettoyage prévoit-il séchage et itinéraire alternatif ?
- Les chaussures sont-elles adaptées et en bon état ?
- Les presque-accidents sont-ils remontés et analysés sans recherche de faute ?
Réexaminez l’évaluation après un accident, un presque-accident révélateur ou une modification des locaux et des tâches, et actualisez le DUERP selon les obligations applicables. Suivez les anomalies récurrentes, les délais de réparation et les retours des utilisateurs : l’absence d’accident ne prouve pas, à elle seule, que le risque est maîtrisé.
L’INRS, l’Assurance Maladie – Risques professionnels et les Carsat proposent des ressources pour structurer cette démarche. L’objectif reste concret : rendre le déplacement sûr dans les conditions ordinaires du travail, sans exiger une vigilance permanente pour compenser un environnement défaillant.



