Chute en EHPAD : une heure au sol, les réflexes qui protègent le résident
Une chute en EHPAD est fréquente, mais elle ne doit jamais être banalisée. Au-delà d’une blessure, elle peut révéler une perte d’équilibre, un malaise, un effet indésirable médicamenteux ou un problème lié à l’environnement. Une réaction structurée protège le résident, permet de repérer une urgence et réduit le risque de récidive.
Pourquoi une chute en EHPAD exige une attention immédiate
La Haute Autorité de Santé (HAS) définit la chute comme le fait de se retrouver involontairement au sol ou à un niveau inférieur. Cette définition concerne aussi bien une chute observée par un professionnel qu’un résident retrouvé au sol dans sa chambre, sa salle de bains ou un espace collectif.
Le risque augmente avec l’âge : un tiers des personnes de plus de 65 ans chute chaque année, et cette proportion atteint une personne sur deux après 85 ans. Après une première chute, le risque de retomber est multiplié par 20. Les chutes répétées correspondent à au moins 2 chutes sur une période de 6 à 12 mois et justifient une réévaluation approfondie du projet d’accompagnement.
Les conséquences ne sont pas uniquement physiques. Une fracture, un traumatisme crânien ou des douleurs peuvent réduire la mobilité. La peur de rechuter peut ensuite conduire le résident à limiter ses déplacements, ce qui favorise la fonte musculaire, la perte de confiance et la dépendance. Ce cercle peut entraîner un syndrome post-chute et, chez une personne très fragile, contribuer à une dégradation globale de l’état général.
Repérer les risques avant qu’un incident ne survienne
Observer le résident dans ses gestes quotidiens
L’évaluation du risque de chute commence dès l’arrivée en EHPAD. Elle doit être renouvelée lors d’un changement de santé, de traitement ou de mobilité, puis après chaque chute. Les troubles de l’équilibre, la faiblesse musculaire, les troubles visuels, les difficultés cognitives, l’incontinence avec des levers précipités ou l’hypotension sont des facteurs à repérer.
L’observation des transferts, de la marche et de l’utilisation des aides techniques apporte souvent plus d’informations qu’une évaluation ponctuelle. Elle permet de voir si le résident se lève seul, s’il maîtrise son déambulateur ou sa canne, et si ses déplacements varient selon le moment de la journée ou son état de fatigue.
Réexaminer les médicaments et l’environnement
La polymédication peut favoriser les chutes, notamment lorsque certains traitements provoquent une sédation, des vertiges ou une baisse de la pression artérielle. Toute situation nouvelle doit être transmise au médecin coordinateur et aux prescripteurs pour qu’une réévaluation thérapeutique puisse être envisagée. Les anticoagulants n’augmentent pas la probabilité de chute, mais ils imposent une vigilance accrue face au risque hémorragique après un traumatisme.
| Facteur repéré | Signe observable | Action préventive |
|---|---|---|
| Mobilité instable | Appuis incertains, transferts difficiles | Vérifier la canne ou le déambulateur et solliciter les rééducateurs |
| Environnement inadapté | Obstacle, éclairage insuffisant, appel inaccessible | Dégager les circulations et sécuriser les zones de lever |
| Effet médicamenteux possible | Somnolence, vertiges, malaise | Tracer les observations et demander une réévaluation médicale |
La prévention repose aussi sur des mesures concrètes : lit à hauteur adaptée, fauteuil stable, barres d’appui, sol antidérapant, douche sans seuil, chaussures fermées et bouton d’appel accessible. Dans la chambre, le trajet entre le lit, l’éclairage, les lunettes, l’aide à la marche et les toilettes doit rester dégagé. La préparation de ce parcours réduit les déplacements précipités et les risques liés à la fatigue ou à la désorientation nocturne.
Après la chute : sécuriser, évaluer, alerter
Le premier réflexe consiste à rester auprès du résident, à le rassurer et à ne pas le relever précipitamment. Il faut sécuriser les lieux, observer son état de conscience, rechercher une douleur, une déformation, une plaie ou une limitation de mouvement, puis recueillir ses propos si son état le permet. Le relevage ne doit être envisagé qu’après cette première appréciation, conformément aux procédures de l’établissement et avec le matériel ainsi que le nombre de professionnels nécessaires.
Les situations qui imposent une alerte médicale
Une perte de connaissance, une confusion inhabituelle, des vomissements, des maux de tête, un déficit neurologique, une douleur intense, une suspicion de fracture ou une atteinte possible du rachis exigent une évaluation médicale urgente. Une vigilance particulière s’impose après un traumatisme crânien, en présence d’un traitement anticoagulant ou lorsque le résident est resté longtemps au sol.
Un délai supérieur à une heure au sol est un facteur de gravité. Il peut majorer les complications liées à l’immobilisation, à la déshydratation et à l’exposition au froid. Le temps passé au sol doit donc être recherché, estimé si nécessaire et consigné dans le dossier du résident.
- Ne pas déplacer le résident en cas de douleur importante, de déformation ou de suspicion de traumatisme grave.
- Contrôler et surveiller les constantes selon le protocole interne et les compétences des professionnels.
- Prévenir sans délai le médecin ou les urgences lorsque l’état clinique le justifie.
- Informer le médecin coordinateur et organiser une surveillance post-chute adaptée.
Une chute sans signe apparent de gravité ne dispense pas de surveillance. Certaines douleurs, certains hématomes, des troubles neurologiques ou des modifications du comportement peuvent apparaître secondairement. Les consignes médicales, l’évolution de la mobilité et l’état de conscience doivent être suivis et consignés avec rigueur.
Tracer les faits pour assurer une prise en charge fiable
La déclaration de chute n’est pas une simple formalité administrative. Elle donne à l’équipe les moyens de comprendre l’événement et de coordonner les suites. La rédaction doit rester factuelle et chronologique, sans interprétation hâtive. Elle s’intègre au dossier médical et à la procédure de signalement des événements indésirables de l’établissement.
Les informations utiles comprennent notamment :
- la date, l’heure et le lieu de découverte ou de survenue de la chute ;
- l’activité en cours, la position du résident et les circonstances observées ou rapportées ;
- les témoins éventuels, les aides techniques utilisées et l’état de l’environnement ;
- les signes cliniques constatés, les constantes relevées et les soins réalisés ;
- les personnes prévenues, les décisions médicales et les modalités de surveillance ;
- l’évolution du résident après l’événement.
La famille doit être informée selon les règles de l’établissement, dans une communication claire et mesurée. Il faut éviter de minimiser l’incident comme de conclure trop vite sur sa cause. Présenter les mesures prises, la surveillance prévue et les réajustements envisagés apporte des informations plus utiles qu’une explication vague.
Transformer chaque chute en prévention personnalisée
Une chute mérite une analyse pluridisciplinaire associant, selon la situation, les soignants, l’infirmier, le médecin coordinateur, les rééducateurs, la direction et le résident. L’équipe recherche l’enchaînement réel des facteurs : malaise, douleur, changement de traitement, fatigue, obstacle, défaut d’éclairage, transfert mal préparé ou aide à la mobilité non utilisée.
Une méthode structurée comme une RMM, un CREX ou la méthode ALARM peut aider l’établissement à dépasser la seule recherche d’une cause immédiate. L’objectif est d’examiner les facteurs liés au résident, à l’environnement et à l’organisation des soins, puis de déterminer les mesures réellement adaptées.
Adapter le plan d’actions et vérifier son efficacité
Les actions correctives doivent être individualisées : accompagnement lors des levers, renforcement de la mobilité, adaptation de la chambre, vérification des chaussures, révision des horaires de soins ou réévaluation des traitements. Elles sont ensuite intégrées au projet personnalisé et transmises à l’ensemble des intervenants. La formation des professionnels et la sensibilisation des proches à l’utilisation des aides techniques renforcent la cohérence du dispositif.
Le suivi permet enfin de vérifier que la mesure choisie protège réellement le résident sans restreindre inutilement son autonomie. Prévenir une récidive ne consiste pas à empêcher toute marche. Il s’agit de maintenir des déplacements aussi sûrs que possible, de restaurer la confiance et d’utiliser chaque chute pour améliorer les soins et l’accompagnement.



