CM RehthalCarnet de marche santé et autonomie
Menu
Nutrition

Alimentation parentérale : quand la poche prend le relais de l’intestin

Laure Moreau 9 min de lecture
Alimentation parentérale : poche de nutrition et tubulure en hôpital

L’alimentation parentérale apporte directement dans le sang l’eau, l’énergie et les nutriments qu’une personne ne peut pas recevoir ou absorber suffisamment par son tube digestif. Elle répond à des situations médicales précises et exige une prescription individualisée, une technique rigoureuse et un suivi régulier, à l’hôpital comme au domicile.

Comprendre le principe et savoir pourquoi elle est prescrite

Aussi appelée nutrition parentérale, cette forme de nutrition artificielle est administrée par perfusion intraveineuse. Elle contourne l’estomac et l’intestin : les nutriments contenus dans une poche stérile rejoignent la circulation sanguine par un cathéter. Elle peut compléter une alimentation orale ou entérale insuffisante, ou couvrir la totalité des besoins. On parle alors de nutrition parentérale totale.

Quiz sur l’alimentation parentérale

Testez vos connaissances à partir des notions essentielles de l’article.

Progression : 0/6 Score : —
1. Qu’est-ce que la nutrition parentérale ?
2. Dans quelle situation la nutrition parentérale peut-elle être indiquée ?
3. Quelle différence distingue principalement les voies entérale et parentérale ?
4. Quel est le rôle général des acides aminés et du dextrose dans la nutrition parentérale ?
5. Quelle distinction est correcte entre voie périphérique et voie centrale ?
6. Quel signe nécessite de contacter rapidement l’équipe médicale ?

Corrections

Elle est envisagée lorsque le tube digestif est inaccessible, ne fonctionne pas correctement ou n’absorbe pas assez. Une occlusion intestinale, un syndrome du grêle court, certains troubles sévères de l’absorption, une chirurgie digestive, des vomissements ou des diarrhées importants peuvent la justifier. Elle peut aussi être utilisée dans des parcours oncologiques, pédiatriques ou postopératoires, selon l’état clinique et les objectifs du traitement.

Voie nutritionnelle Quand elle est utilisée Atout principal Limite principale
Alimentation orale Lorsque manger et digérer sont possibles Respecte le fonctionnement habituel du corps Peut être insuffisante en cas de besoins élevés ou de troubles digestifs
Nutrition entérale Lorsque l’intestin fonctionne mais que l’alimentation orale ne suffit pas Utilise le tube digestif N’est pas adaptée si l’intestin ne peut pas être utilisé
Nutrition parentérale Lorsque la voie digestive est impossible, contre-indiquée ou insuffisante Contourne totalement le tube digestif Nécessite un accès veineux et une surveillance étroite

Lorsque l’intestin est fonctionnel, la voie orale ou entérale est généralement privilégiée. La nutrition parentérale n’est donc pas une solution plus complète par défaut. C’est une réponse ciblée, dont le bénéfice doit être comparé aux contraintes du cathéter et aux risques infectieux ou métaboliques.

Ce que contient une poche de nutrition parentérale

Une poche ne correspond pas à une formule identique pour tous. Sa composition, son volume et son débit sont adaptés à l’âge, au poids, aux pertes digestives, à l’état d’hydratation, aux maladies associées et aux résultats des bilans sanguins. Des solutions standardisées existent, mais certaines situations nécessitent une préparation individualisée.

Infographie sur l’alimentation parentérale et les différences avec la nutrition orale et entérale
Infographie sur l’alimentation parentérale et les différences avec la nutrition orale et entérale
  • Les acides aminés fournissent les éléments nécessaires au renouvellement des protéines.
  • Le dextrose apporte des glucides et donc une énergie rapidement disponible.
  • Les lipides, sous forme d’émulsion, contribuent aux apports énergétiques et en acides gras essentiels.
  • L’eau, les électrolytes, les vitamines, les minéraux et les oligo-éléments participent à l’équilibre hydrique, nerveux, musculaire et métabolique.

Les électrolytes, notamment le sodium, le potassium, le magnésium ou le phosphate, peuvent être modifiés selon les analyses et l’état clinique. Ces ajustements ne doivent jamais être réalisés par le patient ou l’aidant. Changer un composant peut affecter la stabilité de la solution. La surveillance de la glycémie est également nécessaire, car un apport glucidique trop important peut favoriser une hyperglycémie.

Voie périphérique ou centrale : le choix du cathéter

Le choix de l’accès veineux dépend surtout de la durée prévue du traitement, de l’état des veines et de la concentration de la solution. L’osmolarité désigne la concentration en particules dissoutes dans une perfusion. Plus elle est élevée, plus elle peut irriter une petite veine. Une solution très concentrée doit donc généralement passer par une grosse veine centrale, où elle est rapidement diluée par le débit sanguin.

Parcours de la nutrition parentérale à domicile, de la conservation de la poche à la surveillance
Parcours de la nutrition parentérale à domicile, de la conservation de la poche à la surveillance
Accès Usage habituel Particularités
Voie périphérique Besoin de courte durée, solution d’osmolarité faible La nutrition parentérale périphérique est habituellement réservée aux solutions ≤ 900 mOsm/L. Le risque de thrombophlébite limite son emploi.
Voie centrale Nutrition plus concentrée ou prolongée Permet l’administration de solutions > 900 mOsm/L.
PICC line Traitement de plusieurs semaines à plusieurs mois selon le projet de soins Cathéter inséré au bras, dont l’extrémité se situe dans une veine centrale.
Cathéter tunnellisé ou chambre implantable Besoin prolongé Dispositifs adaptés à certains parcours au long cours, avec des soins spécifiques.

La sécurité du traitement dépend aussi de l’entretien du cathéter. Le dispositif doit être adapté, les connexions propres, la fixation correcte et le contrôle régulier. Un bouchon, un pansement décollé ou une douleur au point d’entrée ne doivent pas être banalisés. Tout signe inhabituel doit être signalé à l’équipe qui suit le patient.

À domicile : une routine précise, sans improvisation

La nutrition parentérale à domicile peut permettre de poursuivre les soins dans un environnement familier. Elle repose toutefois sur une organisation préparée par l’équipe de nutrition, le médecin, le pharmacien, l’infirmier et, selon les cas, un prestataire de santé à domicile. Le patient et l’aidant reçoivent une formation adaptée aux gestes qui leur sont confiés et disposent de protocoles précis.

Conserver et vérifier les poches

Les poches sont habituellement conservées au réfrigérateur entre 2 °C et 8 °C, selon les consignes de la pharmacie et du service prescripteur. Elles doivent rester dans leur emballage jusqu’à leur utilisation. Avant le branchement, il faut contrôler l’identité, la date de péremption, l’intégrité de la poche, son aspect et l’absence de fuite.

Une poche abîmée, périmée, présentant une séparation inhabituelle ou ayant subi une rupture de la chaîne du froid ne doit pas être perfusée sans avis du service référent. En cas de doute, il faut conserver la poche et demander une conduite à tenir au prestataire ou à l’équipe médicale, plutôt que prendre une décision seul.

Branchement, pompe et débranchement

La perfusion s’effectue généralement avec une pompe volumétrique qui contrôle le débit prescrit. Le branchement et le débranchement suivent un ordre précis : préparation d’un espace propre, hygiène des mains, désinfection des connexions, utilisation de matériel stérile et respect du protocole de rinçage. Certaines recommandations mentionnent un filtre de 1,2 micron et un changement de la tubulure externe toutes les 24 heures. Les consignes de l’équipe qui suit le patient priment toujours.

Il est utile de préparer l’environnement avant de commencer : poche, tubulure, pompe chargée, consommables, téléphone et coordonnées du service. Cette organisation évite de chercher du matériel pendant la manipulation. Les déplacements, le sommeil et les activités quotidiennes peuvent souvent être réorganisés autour des heures de perfusion, sans modifier soi-même le débit ni la durée.

Surveiller les complications et savoir demander de l’aide

La surveillance associe l’observation de l’état général, le contrôle du cathéter et des bilans biologiques. L’équipe suit notamment le poids, l’hydratation, la glycémie, les électrolytes, la fonction hépatique et la tolérance de la perfusion. Ces données permettent d’ajuster progressivement les apports et de repérer une complication avant qu’elle ne s’aggrave.

  • Fièvre, frissons, malaise ou essoufflement pendant ou après la perfusion : contacter rapidement l’équipe médicale, car une infection ou une autre complication doit être écartée.
  • Rougeur, douleur, chaleur, écoulement, gonflement ou saignement autour du cathéter : ne pas manipuler davantage et demander un avis sans délai.
  • Alarme de pompe, fuite, occlusion ou poche endommagée : suivre le protocole remis au domicile et joindre le prestataire ou le service référent.
  • Panne de réfrigérateur ou doute sur la conservation : ne pas décider seul de l’utilisation de la poche ; signaler l’incident pour obtenir une conduite adaptée.

Les complications possibles incluent l’infection liée au cathéter, la thrombophlébite, l’hyperglycémie, les déséquilibres d’électrolytes, une surcharge hydrique ou, à plus long terme, des troubles hépatiques tels qu’une stéatose. Elles rappellent qu’une alimentation parentérale efficace reste un traitement surveillé, évolutif et coordonné. La composition de la poche, le dispositif utilisé et les gestes au domicile doivent toujours suivre la prescription et les protocoles de l’équipe référente.

Partager cet article

Retour en haut